Dans l'équation criminogène du couple Fourniret, la seule véritable inconnue, c'est elle. Monique. Autant Michel Fourniret est lisible, carré et – sa vanité pathologique dut-elle en souffrir – prévisible, autant Monique Olivier reste indéchiffrable, énigmatique, insondable.
Pour peu qu'on l'interroge, elle se met à trembler, à chuinter, à bredouiller au point d'en être assommante – mardi, le président Latapie, agacé, s'est même surpris à singer ses bégaiements. Elle cherche ses mots, ne les trouve plus, renonce, reprend, s'interrompt, hoquette, jette au ciel des yeux pleins de désespoir. L'accule-t-on dans l'impasse d'une contradiction ? Elle se faufile : « Je n'avais pas le choix, répète-t-elle. On ne discute pas les ordres de Michel Fourniret. »
Sa stratégie de défense, elle, est limpide : dans la tragique équipée du couple – ils sont toujours mariés –, elle fut l'épouse soumise à la domination d'un mari tyrannique. Au point de suggérer qu'elle fut elle-même la victime de Fourniret. Elle fait la molle, yeux baissés, lippe avachie, épaules tombantes. « Une grosse limace gluante », comme l'a décrite mercredi, Aïcha Hamiche.
La personnalité de Monique aura pareillement intrigué la petite cohorte de psychologues et de psychiatres qui furent commis à son examen.
Tous s'entendent pour dire qu'il n'y a chez elle ni névrose, ni signe de dépression, ni tendance psychopathe, ni trouble psychotique.
Mais tous ont pareillement été frappés par son imperméabilité à toute forme d'émotion, par son détachement vis-à-vis de la douleur d'autrui, par le peu de compassion qu'elle témoigne aux victimes.
Une forme de froideur dont les experts donnent des lectures variées : « Monique Olivier, estime le psychiatre montois Xavier Bongaerts, écarte tout ce qui, autour d'elle, menace cette forme d'équilibre, d'homéostasie, qu'elle a été longue à trouver. » Le Dr Belvèze, lui, verrait plutôt cette étanchéité-là comme le signe d'une certaine perversion, dès lors qu'elle ne se rattache à aucune pathologie mentale.
Les experts ont relevé chez elle une faible expression des affects, un certain flou identitaire, une tendance à l'auto-dévalorisation imputable, sans doute, à une faille narcissique ouverte dès l'enfance – elle a souffert d'une carence affective évidente dans son jeune âge.
Ils décrivent une personnalité dépendante mais très adaptable. Et étonnamment solide : les enquêteurs dinantais l'entendront à 120 reprises avant d'obtenir ses premiers aveux.
Elle est très capable de donner le change : elle abusera, sans ciller, Jean-Pierre Hellegouarch (Le Soir d'hier), « un de ces truands qui, pour avoir tout vécu, sont capables d'évaluer quelqu'un seul coup d'œil », comme l'a rappelé un avocat des parties civiles.
Sa relation avec Michel Fourniret est un étrange mélange de fascination et de répulsion. Il ne lui a pas plu – « Pas du tout », dit-elle – lorsqu'elle a fait sa connaissance à sa sortie de Fleury-Mérogis, en octobre 87.
Mais elle partagera sa vie durant seize ans, sans jamais vraiment chercher à le quitter.
Elle est capable de s'opposer à lui lorsqu'il s'agit de l'éducation de leur fils Sélim, mais elle ne fait rien pour contrarier ses projets criminels – l'enquête a montré au contraire qu'elle avait pris une part active dans la mise en œuvre de certains d'entre eux. Quand Hellegouarch, au Sautou, lui proposera d'éliminer Fourniret – « de clore le chapitre », comme il dit –, elle se gardera bien de le rancarder comme il lui avait demandé : « J'avais égaré son numéro de téléphone », dit-elle.
Intelligente ? Le psychologue belge Gauthier Pirson l'a créditée d'un Q.I. de 95, légèrement inférieur à la moyenne. Avec le même test, un psychothérapeute français a, inexplicablement, obtenu la valeur 131. Surdouée..
(d'après le Soir)
Cdlt
hobywen (chien de chasse LBAcien piocheur et renifleur)