embre du Conseil fédéral de biosécurité, Philippe Baret est responsable de l'unité de génétique à l'Université catholique de Louvain (UCL).
Le Conseil de biosécurité vient de donner un feu vert conditionnel à un essai sur les peupliers transgéniques. Pourquoi ?
Ce dossier, assez faible au départ, s'est enrichi de réponses qui ont permis au Conseil de conclure qu'il n'y aurait pas de risques à mener cet essai en milieu quasi confiné si les conditions que nous posons sont respectées.
Quel est l'intérêt de mener ce type d'expérience sachant que le risque de dissémination, dans l'hypothèse de culture à grande échelle, serait non négligeable ?
Le rôle du Conseil de biosécurité n'est pas de se prononcer sur l'opportunité d'une demande, mais bien de veiller à ce qu'elle remplisse des conditions de sécurité suffisantes pour pouvoir être menée.
Et qu'en pensez-vous ?
A titre personnel, je reste sceptique sur cette innovation visant à produire des agrocarburants, tant pour des questions de risque, que de pertinence. A l'échelle commerciale, on ne maîtrise pas les risques d'interactions entre les populations de peupliers. Ce type de cultures ferait peser un danger pour la biodiversité et les filières sylvicoles. Ce qui me semble dangereux, c'est qu'on joue sur une caractéristique fondamentale : la lignine. C'est le constituant qui fait qu'un arbre est un arbre !
Le système actuel d'évaluation des risques ne touche-t-il pas à ses limites ?
Ce dossier témoigne du fait que le système actuel d'autorisation fonctionne de manière trop compartimentée. C'est le principe du saut d'obstacle pour les demandeurs. Une fois qu'une haie est franchie, on passe à la suivante. Il nous manque une instance qui puisse aborder les dossiers de manière comparative et étudier tant la pertinence d'une innovation, ses risques, que ses bénéfices supposés pour la société. On a fait des progrès sur le plan de l'évaluation des risques, mais cette seule approche ne suffit plus.
Le ministre wallon Benoît Lutgen s'émeut du fait qu'un représentant de la Région bruxelloise aurait soutenu cet essai
Le Conseil de biosécurité fonctionne comme un organe d'évaluation scientifique indépendant du pouvoir politique. Je ne trahirai pas le secret des délibérations. Et à titre personnel, il me semble sain que l'avis d'un conseil scientifique soit posé en toute indépendance. Libre ensuite au politique de prendre la décision qu'il souhaite…
Cdlt
hobywen (chien de chasse LBAcien piocheur et renifleur)